Du divertissement qui porte à la réflexion

Vingt-trois prostituées

Par Chester Brown

Résumé du rabat :

Au terme de sa rupture avec Sook-Yin Lee, Chester Brown décide qu’il ne veut plus de petite amie. Trois ans d’abstinence plus tard, il décide de sauter le pas et de fréquenter les prostituées.
Ce livre évoque chacune des vingt-trois filles (vingt-quatre en réalité) avec lesquelles l’auteur a entretenu des relations sexuelles tarifées entre 1999 et 2010. Souvent drôle, toujours lucide, ce journal de bord d’un micheton offre un tableau saisissant de la prostitution contemporaine, que le talent de son auteur exempte de tout voyeurisme ou sensationnalisme.
S’il ne montre jamais le visage de ses partenaires, et préserve leur anonymat, Chester Brown s’efforce de rendre aussi fidèlement que possible et leurs corps et leurs conversations. Il décrit le métier de la prostitution et les relations entre les filles et leur client avec une honnêteté et un recul dignes d’éloge.
Dessinant crûment mais sans misérabilisme les matelas à même le sol et les préservatifs, il alterne les scènes les plus prosaïques, qui posent la question du pourboire ou de la véracité des photos sur les sites d’escort-girls, avec des séquences où il confronte ses vues à celles de ses amis et confrères, Seth et Joe Matt. Le trait est à l’unisson du récit : sec, sobre et ironique.
Livre sans apprêts, refusant les artifices et déjouant les pièges de l’autobiographie et du narcissisme, Vingt-trois prostituées, véritable plaidoyer pour la libéralisation et la reconnaissance de la prostitution, révèle en creux la détresse affective et l’hypocrisie des sociétés modernes.

Mon avis :

C’est d’abord pour un cours universitaire que je me suis procuré cette bande-dessinée. Finalement, je n’en ai pas eu besoin. Puis, avec le défis des Libraires, je me suis dit que c’était une bonne occasion pour la lire.
J’ai bien apprécié ma lecture, pas tant pour ce que le livre raconte que pour les questions et les problématiques qu’il soulève. Comme l’indique le résumé ci-haut, le bédéiste n’use pas de fioritures pour raconter son expérience avec les prostituées. Oui, les femmes ont des belles courbes. Mais l’accent du dessin n’est aucunement mis sur leurs corps et leur sexualité. En fait, à titre d’exemple, on voit davantage en gros plan le membre de Chester Brown que l’anatomie de ses fréquentations.
Ainsi, tout au long de la bande-dessinée, la femme n’apparaît pas comme un objet. Même si les premières femmes que Chester Brown rencontre sont dans la vingtaine, le récit montre que l’homme considère ces femmes comme bien plus que de simples corps désirables. La personnalité de chacune des prostituées est aussi importante. Le client a des discussions de toutes sortes avec ces vingt-trois (ou vingt-quatre) femmes.
Mais la BD ne s’arrête pas là. Chester Brown illustre quelques discussions profondes qu’il a avec ses amis sur les conditions des prostituées. Ils réfléchissent et débattent et mènent le lecteur à réfléchir lui-même à ce qu’il pense de tous les points évoqués. Je dois admettre que mon opinion sur la prostitution n’a jamais été aussi peu arrêtée. Tantôt j’étais d’accord avec ce qui était dit, tantôt je ne l’étais pas. Mais pour avoir réfléchi sur la question, ça oui! j’ai réfléchi.
Une fois la lecture des cases terminée, il reste encore quelques pages au livre. Ces pages contiennent des appendices et des notes à la fois sur les prostituées, sur la manière dont Chester a vécu son expérience, mais aussi sur les débats qui sont toujours autant d’actualité. Par exemple, Chester Brown mentionne ses raisons qui expliquent pourquoi il pense que la prostitution devrait être décriminalisée et en quoi ce n’est pas nécessairement plus mal que d’avoir des relations d’un soir non tarifées ou d’être en couple. Il amène également un exemple d’un endroit où la prostitution est réglementée… mais spécifie pourquoi ce n’est pas fait de la bonne manière. En gros, si les planches de la bande-dessinée font réfléchir, les quelques pages à la fin du livre poussent encore davantage la réflexion.
Pour ma part, j’ai passé un agréable moment. Comme je l’ai déjà mentionné, je me suis beaucoup interrogée durant ma lecture. Au final, c’est le côté réflexif de l’ouvrage qui m’a réellement plu. Ce fut une belle expérience de lecture.

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