Contemporain/Réaliste

Des livres qui se déroulent à notre époque, des livres qui présentent des personnages de tous les jours, avec leurs caractéristiques propres.

Entre quête et désordre

Liquidation

Par Imre Kertész

Résumé en quatrième de couverture :

Nous sommes à Budapest, en 1999. L’écrivain B., qui s’était suicidé peu après les bouleversements de 1989, ne cesse de hanter l’esprit de ses amis. Surtout celui de Keserű, éditeur qui cherche désespérément à publier les œuvres posthumes de l’auteur admiré sans jamais y parvenir, tant l’économie de marché a pris le dessus.
En dernier recours, Keserű essaie de mettre la main sur le roman que, selon sa conviction, B. a dû écrire sur ses origines, sur l’origine de son mal-être. Car B. est né à Auschwitz, en 1944, dans des circonstances absurdes, et sans jamais connaître sa mère. Ce texte-là saura-t-il enfin garantir la postérité à l’ami disparu?
Commence alors l’enquête de Keserű auprès des femmes qui ont le mieux connu l’énigmatique B.

Mon appréciation :

Imre Kertész, l’auteur, hante mes études universitaires. J’ai eu un premier livre à lire de cet écrivain dans un premier cours. Je l’ai commencé, tout juste, mais pas assez pour dire que j’en ai véritablement lu le début. Parce que j’ai arrêté. Je n’avais pas accroché; c’était complexe et ardu. Et puis, je n’allais pas être évaluée sur ce livre. Plus tard, dans un autre cours, ce fut au tour de Liquidation. Celui-ci, en revanche, je n’avais pas le choix de le lire, puisque j’avais un travail à faire dessus.
La lecture était ardue. Mais tout de même intéressante.
Le récit, mené comme une sorte d’enquête pour retrouver un hypothétique manuscrit, est parfois entrecoupé de passages narrés sous la forme théâtrale. Ça ne casse pas totalement le récit, puisqu’il y a une continuité entre les deux formes de narration. Néanmoins, cela crée un certain désordre dans la lecture. En tant que lecteur, on se questionne sur l’utilité de l’utilisation d’un tel procédé. Qu’est-ce que cela peut apporter au texte? J’ai du mal à le dire, outre le fait de repousser les limites des genres et de les entremêler.
Cette quête d’un livre, je l’ai trouvée plutôt intéressante. Le narrateur cherche désespérément un manuscrit qu’il est convaincu que l’écrivain qu’il affectionne a écrit. Le lecteur accepte cette idée. Un livre inédit? Pourquoi pas. Puis le récit se poursuit, et le lecteur doute par moment de l’existence de ce livre. Il pourrait bien ne pas exister. C’est ce questionnement qui est amusant, pertinent. Le lecteur ne peut que se prêter au jeu et attendre que le narrateur trouve, ou ne trouve pas, le fameux manuscrit.
Liquidation n’est pas une œuvre facile d’accès. Toutefois, c’est aussi ce qui lui donne une bonne part de son intérêt, puisque nous pouvons la questionner.
Je ne suis pas certaine de relire bientôt des romans de Kertész. Cela va néanmoins finir par arriver, puisque j’ai un autre de ses livres qui attend patiemment (il n’a pas le choix) sur une tablette. Peut-être un lien particulier se créera-t-il à ce moment-là? Je verrai bien.

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Les traces d’une vie

La femme qui fuit

Par Anaïs Barbeau-Lavalette

Résumé en quatrième de couverture :

Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours.
Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteure a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n’allaient pas tarder.
Enfance les pieds dans la boue, bataille pour les petits Anglais, désir pour un directeur de conscience, fugue vers Montréal, frénésie artistique des automatistes, romances folles en Europe, combats au sein des mouvements des Noirs de l’Amérique en colère; elle fut arracheuse de pissenlits en Ontario, postière en Gaspésie, peintre, poète, amoureuse, amante, dévorante… et fantôme.
La femme qui fuit, c’est l’aventure d’une femme explosive, une femme volcan, une femme funambule, restée en marge de l’histoire, qui traverse librement le siècle et ses tempêtes.
Pour l’auteure, c’est aussi une adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.

Mon avis :

Ayant déjà lu Je voudrais qu’on m’efface, de la même auteure, j’étais plutôt heureuse de retrouver cette plume. J’avais également beaucoup entendu parlé de ce livre, entre autres par un collègue de travail qui a contribué à le pousser parmi les livres sélectionnés pour le Prix des Libraires.
J’ai rapidement été intéressée par ma lecture. L’écriture était fluide et m’interpellait. La plume d’Anaïs Barbeau-Lavalette m’a gardée, tout au long, accrochée. Même les moments où je n’aimais pas le personnage de Suzanne m’ont gardée captivée en raison du style. L’auteure crée des images fortes qui mettent bien en scène les éléments du récit. Les émotions ressenties par la narratrice et celles vécues par sa grand-mère en sont d’autant plus vraies, plus accessibles. C’est, je crois, ce qui fait que l’on ne peut se séparer de ces personnages, peu importe à quel point nous les apprécions.
J’ai aimé la manière dont l’histoire a été racontée, bien que cela restait relativement simple. Le récit commence dans le présent de la narratrice, puis fait un gros saut dans le temps pour rejoindre les débuts de l’existence de Suzanne, la grand-mère, pour ensuite, peu à peu, revenir au moment présent (en passant par ce qui est raconté au début du livre avant de poursuivre vers un futur). Si l’idée reste bien souvent utilisée, c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis restée accrochée au récit. En effet, sachant déjà la naissance de la mère de la narratrice, puis son abandon, j’étais curieuse de lire ces moments. Je me demandais comment les choses avaient bien pu se dérouler pour donner de tels résultats, et mon intérêt était ainsi toujours présent.
La personnalité du personnage de la grand-mère, en raison de tous ces éléments, devient fort intéressante. Elle n’est pas aimée pour avoir abandonné les générations qui l’ont suivie et précédée, il est vrai. Néanmoins, la protagoniste, par son ardent désir de toujours aller de l’avant, amenait des idées qui n’étaient pas nécessairement communes à toutes les femmes de son époque (séparation, voyages, manifestations, éloignement familial, etc.). L’esprit d’un tel personnage soulève nombre de questions qui peuvent permettre d’intéressantes discussions par la suite. Moi, cela m’a donné envie de parler des femmes.
J’ai donc bien aimé ma lecture, et je la recommande à tous ceux que cela peut intéresser. La femme qui fuit est la fiction qu’a créée l’auteure à la suite d’une quête sur la personne qu’était sa grand-mère. C’est un très beau travail de création, à mon avis, qui gagne à être lu.

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Tout petit, mais bien rempli

La vie littéraire

Par Mathieu Arsenault

Résumé en quatrième de couverture :

Les salons du livre les lancements les librairies qui ferment les journaux qui font faillite les livres de cuisine les émissions littéraires les prix prestigieux les livres pilonnés les maisons de la culture les poètes ratés les demandes de subvention les photos de chats wikipédia les journées perdues sur les réseaux sociaux et dans les jeux vidéo le soleil et le feu d’une époque surchargée de textes sans personne pour les lire on ne fera pas un roman avec ça on ne refera pas les filles de caleb avec ça on ne refera pas le goût du bonheur de lady julie papineau avec ça mais nous trouverons bien comment continuer continuer d’espérer qu’il restera quelqu’un pour nous lire et comprendre dans quelle époque nous vivions alors.

Mon appréciation :

La vie littéraire est un petit livre bien particulier.
D’abord, le résumé annonce un style où la ponctuation s’efface, style qui se retrouve tout au long de l’ouvrage, excepté au dernier chapitre. Cela intrigue, cela intéresse, cela rebute aussi. Au départ, donc, j’ai trouvé que c’était intéressant. Cela m’a captivée un moment. Puis, parfois, le flot de paroles me perdait, me retrouvait et me perdait encore. J’avais du mal à toujours saisir l’idée générale d’un paragraphe. Sauf que j’aimais toujours autant le style.
Le livre est divisé en trois parties : lire, écrire et imprimer en sont les titres. La vie littéraire, comme le titre l’indique déjà, explore le monde du livre. Je trouvais intéressant d’y retrouver nombres d’éléments que je connais, tels que les salons du livre ou les librairies.
En même temps, le récit prend place dans un univers complètement actuel, où la technologie est omniprésente… de même que les distractions. Et c’est là, enfin, que le petit roman de 103 pages devient le plus intéressant. Il questionne la surabondance de livres sur le marché, où chaque nouveau titre enterre le précédent et où il est difficile de vendre des livres littéraires… en opposition aux livres de recettes qui restent toujours très populaires. Il questionne aussi toutes les distractions de la société : les réseaux sociaux, les applications de jeux sur les cellulaires, etc. Ce deuxième point est directement relié à la diminution du temps accordé à la lecture, puisque ce temps est écoulé sur les écrans.
Voilà. 😛 J’ai surtout aimé le livre pour son style narratif et pour les questions qu’il évoque et que j’ai su attraper au vol. Pour le reste, je suis certaine de ne pas avoir tout compris. Il y a énormément de contenu qui peut être décortiqué dans ce si petit livre.
Et vous, que saurez-vous y trouver?

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Je ne craque pas pour toi

Coco

Par Antoine Charbonneau-Demers

Résumé en quatrième de couverture :

Dans son « racoin du monde », un garçon de douze ans est repéré par Marie-Thérèse Lambert, actrice tordue et malheureuse qui décide de le prendre sous son aile. Des années durant, elle lui apprendra à se délecter de son propre malheur et, surtout, à susciter la pitié des autres — comme le faisait son alter ego, l’infâme Kamelia Kaze, du temps où elle se suicidait sur les scènes de New York.
Coco est un roman d’apprentissage déjanté et minimaliste dont l’humour caustique se fait tour à tour jubilatoire et inquiétant.

Mon avis :

Je n’ai malheureusement pas aimé ma lecture de Coco. Le récit ne m’a pas happée, ni au début, ni au milieu, ni à la fin.
Lorsque j’ai commencé le roman, le personnage principal, surnommé plus tard Coco, laissait présager un contenu intéressant en raison de sa personnalité. Bien que je ne m’attachais déjà pas à lui, j’étais curieuse de découvrir son potentiel. Sauf que sa personnalité ne m’a pas plu. Tout au long du roman. Le personnage de Coco est très complexe psychologiquement. Ses pensées sont parfois mystérieuses, parfois axées sur les émotions, et d’autres fois cryptées ou énigmatiques. Je n’ai pas pu saisir Coco. J’avais beaucoup de mal à comprendre ses raisonnements et ses choix.
La relation de Coco avec Marie-Thérèse est un autre élément qui m’a dérangée. Si, au départ, la dynamique entre les deux montre un rapport d’autorité entre professeur et élève, la suite du récit brouille le tout. La notion d’expérience reste toujours présente, mais les rapports que les protagonistes entretiennent entre eux sont étranges. Leur relation est nécessairement néfaste, mais il est impossible de savoir exactement comment eux la perçoivent. Parfois Coco aime Marie-Thérèse, parfois il la déteste et veut la tuer. Il y a de la nudité, du vocabulaire dur et cru,… Sauf que cela ne donne pas davantage d’indices sur les rapports qu’ils entretiennent véritablement entre eux. J’avais l’impression que la fiction du récit me créait une autre fiction pour me mêler plus encore. C’est intéressant, mais c’est aussi très déroutant. J’y ressentais un inconfort.
Néanmoins, malgré mon avis négatif, je reconnais que le style d’écriture et le découpage du roman étaient intéressants. Le roman est constitué de chapitres qui sont entrecoupés de courts textes un peu plus complexes et flous (leur sens n’est pas toujours évident à comprendre). Ces textes sont intéressants dans la mesure où ils amènent une multitude d’autres sens au récit (même s’ils ne sont pas facilement accessibles). J’y dénote un grand potentiel réflexif.
Je n’ai donc pas apprécié ma lecture. Toutefois, je ne nie pas que le roman a du potentiel. Sauf qu’il n’était décidément pas pour moi.

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Ça va aller, rien que ça…

Ça va aller

Par Catherine Mavrikakis

Résumé en quatrième de couverture :

Ce livre contagieux, contaminant par son style, par sa pensée, n’est-il pas, après tout, la tentative de se sortir de son propre envoûtement littéraire, comme un grand exorcisme pratiqué contre ses dieux, contre ses démons?
Isabelle Décarie, Spirale

Mon avis :

J’ai eu à lire ce roman dans le cadre d’un cours à l’université. Autrement, je crois bien que je ne l’aurais jamais eu entre mes mains. L’histoire ne m’aurait pas intéressée. Et mon opinion, à la suite de ma lecture, n’est pas totalement favorable non plus. N’empêche, je ne nie pas qu’il y a bel et bien quelque chose qui grouille entre ces pages.
J’ai trouvé le style d’écriture plutôt intéressant. À vrai dire, j’aimais ce continuel vomi de mots et de pensées qui semblait sortir de la voix de la narratrice. En raison de ce style, le roman donnait l’impression de se lire assez rapidement, bien que la majeure partie de son récit m’a semblé se jouer dans la psyché plutôt que dans l’action. C’est cette psyché qui a fini par me donner l’impression d’une langueur, d’une lourdeur dans le récit. J’admets avoir eu quelque peu hâte d’arriver à son terme une fois la moitié du livre atteinte.
Je n’ai as eu d’empathie pour les personnages du roman. Pour aucun. Cela ne m’arrive pas souvent. Mais aucun n’est venu me chercher. Aucun ne m’a donné envie de le rencontrer dans la réalité. Je ne saurais expliquer exactement pourquoi, cependant. C’est peut-être l’univers même du roman qui créait une barrière entre les protagonistes et moi.
L’histoire, quant à elle, ma intéressée par moments et par d’autres, non. J’aimais l’idée que le personnage principal se mêle avec un autre personnage issu de la fiction. J’ai aimé la quête de la narratrice à tendre à prouver qu’elle n’était pas la créature d’un auteur, et que si elle était malgré tout une fiction, elle était bien maître de son destin. Mais ce destin s’est étiolé pour moi et a fini par perdre de son intérêt au fil de ma lecture. J’aurais aimé, je crois, quelque chose de plus fracassant que ce vomi de pensées et cette fin… particulière et un peu décevante. À l’image de l’existence de la protagoniste.
Enfin, j’ai néanmoins apprécié les nombreuses références dans le texte, bien que je ne les maîtrisais pas toutes. Je savais les relever et j’en étais contente. On y rencontre différents philosophes et psychanalystes, Nietzsche, Freud, et des auteurs dont la vie réelle est brossée de fiction dans Ça va aller, comme Hubert Aquin et Italo Calvino. Je crois que tout étudiant en littérature pouvait reconnaître ces auteurs et penseurs, et en cela le livre couvait quelque chose d’intéressant.
En somme, et c’est rare que je le dis, je n’ai pas aimé ma lecture. Je reconnais toutefois que le livre, bien qu’il ne m’ait pas rejointe, a du potentiel pour d’autres lecteurs que moi. Si vous êtes fervents de littérature, donc, je ne vous retiens pas de le lire.

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Une intéressante narration non fiable

Viviane Élisabeth Fauville

Par Julia Deck

Résumé en quatrième de couverture :

Vous êtes Viviane Élisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. Heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main.

Mon appréciation :

Dès le début du roman, le lecteur est confronté à un meurtre et à une nouvelle maman tout juste divorcée. Par la narration, le lecteur devient pas moments cette Viviane Élisabeth Fauville, qui affirme avoir commis le meurtre. Convaincus de son méfait, nous ne pouvons pourtant pas lui en vouloir, puisque le récit tend à nous rapprocher de cette femme.
La narration joue beaucoup sur la pronominalisation (certains passages sont au je, d’autres au elle, au nous, au vous, au tu. Ce jeu amène une pluralité de voix, bien qu’il n’y ait toujours qu’un seul personnage principal. Il est possible de rattacher ces effets à une certaine folie de la protagoniste, qui est accentuée, à certains moments, par les mensonges verbaux et ceux qui se retrouvent aussi à même la narration.
J’ai particulièrement aimé la quête de vérité de Viviane, qui rencontrait les autres personnes soupçonnées et interrogées sur l’assassinat. Bien qu’elle affirme sa culpabilité, elle ne peut s’empêcher d’aller à la rencontre des soupçonnés, peu importe les risques qu’elle encourt. Bien que je craignais qu’elle ne se fasse arrêter à cause de ses manigances, je prenais plaisir à suivre ses expériences.
Je me refuse à en dire davantage, puisque ce qui reste le plus pertinent et déstabilisant du livre, c’est sa finale, et je ne veux pas vous la dévoiler. Néanmoins, j’ai beaucoup aimé que nous puissions nous interroger, à la fin, sur la légitimité de la narration, qui n’est pas fiable. Je vous laisse donc découvrir cette fin et comment la narration de Viviane Élisabeth Fauville cache le mensonge.

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Une intéressante entrée en matière

De quoi t’ennuies-tu, Éveline? suivi de Ély! Ély! Ély!

Par Gabrielle Roy

Résumé en quatrième de couverture :

Apprenant la maladie de son frère chéri, une vieille dame entreprend un long voyage en autobus de Winnipeg jusqu’à la côte californienne. En cours de route, elle découvre le continent et les êtres qui l’entourent, et surtout elle retrouve en les racontant sa propre jeunesse et cet « ennui » qu’elle a toujours éprouvé pour elle ne sait quel ailleurs, quelle vie plus haute et plus vraie. Éveline arrivera trop tard pour parler à son frère. Mais celui-ci, en l’attirant dans cette aventure, lui aura permis de trouver elle-même les réponses aux questions qu’elle voulait tant lui poser.
Ély! Ély! Ély! est aussi le récit d’un voyage, celui d’une jeune femme renouant avec sa famille, là même où elle se croyait complètement perdue.

Mon appréciation :

Je n’avais malheureusement jamais lu dans l’intégralité un roman de Gabrielle Roy avant celui-ci. Pourtant, au Québec, ses livres, dont Bonheur d’occasion, sont souvent étudiés tout au long du parcours scolaire (dès le secondaire). J’ai évité ces lectures par une étrange suite de hasards jusqu’à ce jour : université, deuxième année.
De quoi t’ennuies-tu, Éveline? est une lecture qui m’a bien plu. Bien que la quatrième de couverture du livre en dévoile beaucoup sur la conclusion du récit, on s’attache rapidement au personnage d’Éveline et l’on se demande quelles péripéties elle va affronter pour se rendre chez son frère, qui aura trouvé la mort entre temps.
J’ai surtout aimé le personnage d’Éveline. C’est elle qui m’a fait apprécier le récit. Cette personne relativement âgée s’embarque dans un voyage pour se rendre chez son frère. Tout au long de son trajet, elle rencontre maintes personnes. Éveline prend plaisir à raconter ses motivations, tout comme les autres prennent plaisir à raconter différents souvenirs qu’ils ont de leur existence.
Dans le deuxième texte, Ély! Ély! Ély!, le personnage m’est moins familier. Le texte est d’ailleurs plus court, ce qui fait peut-être pencher la balance. On s’attache moins à ce nouveau personnage, bien que sa quête reste intéressante. La thématique du voyage est bien présente et amène des idées que le lecteur peut approfondir ou non en dehors de sa lecture.
Dans l’ensemble, j’ai apprécié ma découverte de Gabrielle Roy. Je ne sais pas encore si je vais de moi-même goûter ses autres écrits ou si je vais attendre qu’ils me tombent entre les mains. Il n’empêche qu’il est presque certain que je la relierai.

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Une pluie d’intertextes

Perdre des théoriesPerdre des théories
Par Enrique Vila-Matas

Résumé en quatrième de couverture :

Invité à un symposium international sur le roman à Lyon, un double de l’écrivain barcelonais Enrique Vila-Matas est abandonné dans son hôtel, où personne ne vient l’accueillir. Dans sa solitude, il achète un exemplaire du Magazine littéraire dédié à Julien Gracq et tombe sur un article qu’il a lui-même consacré au Rivage des Syrtes. Cette lecture lui donne l’idée d’élaborer une théorie générale du roman. Il veut mettre en évidence la modernité et l’extraordinaire prescience du roman de Julien Gracq — qu’en son temps une partie de la critique avait trouvé désuet — puis en déduit les principaux axes de ce que devra être un roman. Ayant décidé de rentrer à Barcelone, sur le point de repartir, il découvre l’inanité de toute théorie littéraire. Dès lors libéré de ce carcan, il écrira et perdra des pays, voyagera et perdra des théories, les perdra toutes.

Mon appréciation :

Perdre des théories est un tout petit livre qui se lit en moins d’une heure. Je ne l’aurais pas découvert si je n’avais pas eu à le lire dans le cadre d’un cours à l’université, et je suis tout de même contente de ma lecture. Cependant, je suis d’avis que c’est un livre pour les littéraires, puisqu’il peut être plus difficile d’accès pour différentes personnes qui n’ont pas une culture littéraire suffisante dans le milieu des études et des théories littéraires.
Ce qui est intéressant dans ce petit livre, c’est que le personnage évoque, oui, des théories, mais que la narration en met certaines en applications. Par exemple, il est question de l’usage de l’intertextualité pour faire un bon roman. Cependant, Perdre des théories illustre plusieurs façons d’insérer de l’intertextualité dans le livre. Il y a, entre autres, beaucoup de citations et de références à des auteurs connus du monde littéraire, tels que Kafka, Gracq, Nerval, etc. Ces liens sont très plaisants dans la mesure où nous en connaissons déjà les œuvres ou que nous en avons entendu parler. Si nous en connaissons quelques unes, cela donne envie de les (re)lire afin de bien saisir la pensée du narrateur qui les commente.
Le livre en soi présente une drôle de façon d’utiliser toutes les théories et les œuvres évoquées. Il traite de l’attente et devient le prétexte à des analyses de textes.
Le tout se lit très bien, il ne faut pas s’en inquiéter. D’ailleurs, sur le plan littéraire, cela en fait un roman tout à fait intéressant à analyser… histoire de continuer les intertextes. 😉

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Une première lecture tout de même intéressante

Nikolski

Par Nicolas Dickner

Résumé en quatrième de couverture :

Printemps 1989. À l’aube de la vingtaine, Noah, Joyce et un narrateur non identifié quittent leur lieu de naissance pour entamer une longue migration. Fraîchement débarqués à Montréal, ils tentent de prendre leur vie en main, malgré les erreurs de parcours, les amours défectueuses et leurs arbres généalogiques tordus. Ils se croient seuls; pourtant, leurs trajectoires ne cessent de se croiser, laissant entrevoir une incontrôlable symétrie au sein de leurs existences.
Avec une minutie qui frôle parfois celle d’un zoologue fêlé, Nicolas Dickner prend un malin plaisir à rassembler des archéologues vidangeurs, des flibustiers de tous poils, des serpents de mer, plusieurs grands thons rouges, des victimes du mal de terre, un scaphandrier analphabète, un Commodore 64, d’innombrables bureaux de poste et un mystérieux livre sans couverture.

Mon appréciation :

Avant de lire ce roman, j’avais déjà entendu parler de l’auteur par d’autres titres. Ses écrits m’intéressaient, m’intriguaient. Enfin, c’est dans le cadre d’un cours sur le roman québécois que j’ai eu l’occasion de me plonger dans l’écriture de Nicolas Dickner.
J’ai bien aimé découvrir chacun des personnages du livre, bien que je ne pouvais m’identifier à aucun d’eux. Leurs existences étaient trop différentes de la mienne. Toutefois, cela suscitait de l’intérêt chez moi, puisque je découvrais trois vies complètement nouvelles. Cependant, mon intérêt pour chacun des protagonistes était instable. Je n’avais pas toujours autant de plaisir à lire les aventures d’un tel personnage. En somme, il m’arrivait d’en préférer un à un autre, par moments, et cette préférence changeait à l’occasion.
Toujours sur le plan des personnages, le résumé du livre me donnait envie que le trio en vienne à se rejoindre. Cela n’a pas été le cas. Les personnages, avec leurs existences qui les opposent et les rapprochent à la fois, ne cessent de se frôler. Par contre, ils n’entretiennent jamais aucun liens entre eux, ne prennent pas la peine de se connaître. C’était intéressant, mais décevant en même temps.
Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé l’apprentissage que je pouvais tirer des quelques connaissances disséminées tout au long du récit. De plus, le mystérieux livre sans couverture m’intriguait beaucoup, et je me demandais bien ce qu’il adviendrait de lui (et j’aime quand même le résultat). Le style d’écriture était fluide et agréable. Enfin, si ce roman ne m’a pas soulevée du début à la fin, il ne m’a pas empêchée de vouloir essayer d’autres textes de l’auteur.

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Légèreté et amour

La fin de l’alphabet

Par CS Richardson

Résumé en quatrième de couverture :

Toute cette histoire est assez improbable.
Celle d’Ambroise Zéphyr et de sa femme Zappora Ashkenazi aurait pu commencer un beau dimanche matin baigné par un soleil d’avril, entre la maigreur de l’hiver et les rondeurs du printemps et, peut-être, se terminer dans l’allégresse au crépuscule. Mais ce n’est pas de cette histoire qu’il s’agit.
Ambroise Zéphyr échoue à son examen médical annuel. Le verdict est terrible : il est atteint d’une maladie inconnue et incurable, on ne lui donne que trente jours à vivre. Fasciné depuis l’enfance par les abécédaires, le condamné décide de prendre le large et de s’offrir un dernier périple autour du monde avec celle qu’il aime. A pour Amsterdam, B pour Berlin, C pour Chartres…
Qu’arrivera-t-il lorsque viendra la lettre Z, la fin de l’alphabet?

Mon appréciation :

Lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de ce petit roman, j’étais bien intriguée. Il m’a semblé y déceler la promesse d’une lecture légère, comique et romantique. C’était adéquat pour l’été.
J’ai aimé la manière dont le passé du couple était présenté. Cela se faisait sous forme d’analepses qui se mêlaient au temps principal du récit. C’est ainsi que nous découvrons les deux premières rencontres d’Ambroise et de Zappora (Zip). Le tout est raconté de manière très douce, mais pas non plus comme une romance à l’eau de rose. C’est simple, léger, et le narrateur ne s’embarrasse pas du superflu.
Dès le départ du roman, nous savons qu’Ambroise va mourir à la fin. Il ne lui reste que trente jours. Même si les personnages n’en parlent pas énormément, le lecteur sent que ce compte à rebours pèse sur les épaules de la femme. Avec si peu de mots et de phrases, CS Richardon nous fait sentir à quel point la perspective d’être bientôt seule, sans l’être tant aimé, affecte le personnage de Zip. Ce qui pourrait être dramatique n’est que très joli à lire.
L’auteur jongle adéquatement avec les mots pour permettre une lecture agréable de son histoire. Les mots sont tous judicieusement choisis et c’est du bonbon pour le lecteur. Le seul bémol quant à l’écriture, à mon avis, concerne les dialogues. Ils ne sont pas marqués de tirets ou de guillemets, ce qui peut parfois mêler. La plupart du temps, je m’y retrouvais très bien. Cependant, quelques fois, je ne savais plus qui parlait.
Enfin, j’ai bien apprécié ma lecture dans son ensemble. J’aurais aimé voyager davantage avec les personnages et j’ai deviné en partie la fin par rapport à Zip, mais cela n’a pas beaucoup nui au bonheur de ma lecture. La légèreté qui mène le roman est sans doute ce que j’ai préféré.

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