Contemporain/Réaliste

Des livres qui se déroulent à notre époque, des livres qui présentent des personnages de tous les jours, avec leurs caractéristiques propres.

Une lecture rafraîchissante qui fait du bien au moral

Ensemble, c’est tout

Par Anna Gavalda

 

Résumé en quatrième de couverture :

« Et puis, qu’est-ce que ça veut dire, différents? C’est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes… Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences… »
Camille dessine. Dessinait plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l’existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Palette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l’idée de mourir loin de son jardin.
Ces quatre-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Et pourtant, le destin va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c’est la théorie des dominos, mais à l’envers. Au lieu de se faire tomber, ils s’aident à se relever.

Mon avis :

J’apprécie beaucoup l’écriture d’Anna Gavalda. Les récits qu’elle raconte sont remplis d’émotions et de beauté, en plus de présenter des personnages si bien campés que nous croirions vivre à leur côtés le temps de la lecture.
En lisant Ensemble, c’est tout, j’ai eu le bonheur de redécouvrir tous ces éléments. J’ai pris beaucoup de plaisir à apprendre à connaître les différents personnages du roman et à voir comment leurs liens se créaient et se renforçaient. J’en ai dégusté chaque instant, et même ces petits moments moins joyeux.
Le récit se concentre surtout sur le personnage de Camille, mais ne délaisse pas pour autant les autres protagonistes. Nous avons accès à un portrait de chacun des personnages, et même un peu de ceux qui sont plutôt secondaires. Mais Camille revêt toutefois plus d’importance. Peut-être parce que même si c’est elle que l’on suit le plus durant la lecture, c’est aussi celle qui s’ouvre le moins sur ses sentiments, ses désirs, ses relations et son passé. Nous découvrons peu à peu son histoire au fil des chapitres et de ses actions, tandis qu’elle s’ouvre lentement à ceux qui l’entourent. Le récit montre donc surtout comment cette jeune femme reprend goût à la vie, à l’amitié et à l’amour. Et ce qui est intéressant, c’est que chacun des personnages qui devient proche d’elle prend également de l’assurance et apprend à apprécier davantage sa vie.
Tout ces chapitres sont agréables à lire, d’autant plus qu’ils évoquent continuellement l’amour, l’amitié, la bonté, l’humanité et une foule d’autres belles choses.
Ensemble, c’est tout est une excellente lecture pour avoir un baume sur le cœur. C’est léger et plein de bons sentiments.
Je te remercie, délicate Anne, camarade universitaire, de m’avoir donné ce roman il y a quelques année, car j’ai passé un excellent moment. 🙂

Voici la bande-annonce du film :

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C’est un plaisir de retrouver le centenaire!

Le vieux qui voulait sauver le monde

Par Jonas Jonasson

 

Résumé en quatrième de couverture :

S’il voulait encore fêter son anniversaire, il vous le dirait : Allan Karlsson a 101 ans. Malin, il croit s’être offert une journée de tranquillité à bord d’une montgolfière. C’était sans compter l’accident : le ballon crève et échoue en pleine mer. Sauvé par un navire nord-coréen, Allan s’aperçoit qu’il est bourré d’uranium enrichi… Après une entrevue diplomatique avec le Leader Suprême, le poupon Kim Jong-un, Allan réussit à s’éclipser, le dangereux uranium en poche. Et sa tournée de visites se poursuit, de Trump à Angela Merkel : qui de mieux qu’un artificier centenaire pour sauver le monde de l’apocalypse nucléaire?

Mon avis :

J’avais adoré lire Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire il y a quelques années. Cette suite, j’étais donc bien curieuse de la découvrir. Des les premières pages, je retrouvais avec joie le bon vieux Allan, qui devait alors fêter son 101e anniversaire. Ce fut un réel plaisir!
Encore une fois, Allan est plongé malgré lui dans une aventure folle et abracadabrante qui le dépasse. Il voyage de pays en pays, rencontre des présidents et d’autres personnalités tantôt bien aimables, tantôt colérique ou désagréables. Tout au long de son trajet, le bonhomme se fait des alliés inattendus, mais aussi un nombre étonnement élevé d’ennemis.
J’aime beaucoup l’intensité et la spontanéité du personnage et ses manières de se sortir de drôles de situations un peu par hasard et grâce à de nombreux et volubiles discours. Ce sont les passages que j’ai préféré du roman! 😀
Toutefois, le personnage d’Allan ne m’a malheureusement pas toujours plu dans cette suite. Scotché à sa tablette noire, il ne cesse de reporter les événements inusités ou politiques qui se déroulent à travers le monde. Il les raconte à ses amis lorsque l’action est moins présente, par exemple. Ces derniers, comme moi, ce sont lassés de ces moments. Dans ces passages, Allan n’est pas aussi amusant et devient un personnage passif. Ce qu’il commente, d’ailleurs, ne fait pas toujours avancer le récit. J’ai donc peu apprécié ces passages, car ils modifiaient la personnalité du centenaire farfelu que j’aime tant.
Si, dans le livre, bon nombre de péripéties sont particulièrement divertissantes, d’autres le sont moins. Je parle ici des moments de narration où l’accent est mis sur le politique, les relations entre les différents dirigeants et les décisions qu’ils prennent ou ne prennent pas pour semer le bien ou la discorde. Je comprends que le romans se passe au « présent » et que les nouvelles aventures d’Allan sont plus politiques qu’historiques. Néanmoins, certain passages politiques créent des longueurs au récit, selon moi. Mais il se peut aussi que ce soit tout simplement parce que, moi, je m’intéresse peu au politique.
Dans tous les cas, la grande majorité du récit m’a amusée, étonnée, fait rire et intriguée. Je ne crois pas qu’une autre aventure d’Allan soit souhaitable dans une suite, même si j’aime beaucoup ce drôle de héros… à moins que ce soit à plus petite échelle (le hasard ne peut pas toujours le conduire à faire le tour du monde et à rencontrer toutes les grandes figures importantes de l’histoire et du monde politique!).

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Un savant mélange de genres

Si une nuit d’hiver un voyageur

Par Italo Calvino

Résumé en quatrième de couverture :

Ce livre est né du désir de lecture. Je me suis mis à l’écrire en pensant aux livres que j’aimerais lire. Je me suis dit alors : la meilleure façon d’avoir ces livres c’est de les écrire. Pas un livre, mais dix, l’un après l’autre, et tous à l’intérieur du même livre. Et chaque fois que je commençais, dans ce roman, un nouveau roman, ce qui me poussait, c’était encore et toujours le désir de lecture. J’ai vraiment voulu faire le livre du lecteur. Pas seulement parce que le lecteur est le seul véritable héros de ce livre, mais aussi parce que c’est son désir (et pas seulement le mien) de lecture qui dicte les différents livres.
Italo Calvino (1979)

Mon appréciation :

Lire Si une nuit d’hiver un voyageur est une expérience de lecture fort intéressante.
Cet intérêt se retrouve principalement dans la manière dont le récit est construit. L’histoire est essentiellement divisée en deux : les débuts de roman que le Lecteur lit et le récit des aventures concernant le personnage du Lecteur.
Si une nuit d’hiver un voyageur est l’histoire d’un Lecteur qui, après avoir lu le début d’un roman, se rend compte qu’il est mal relié et qu’il a été combiné à un autre livre. À partir de ce moment, le Lecteur tente de retrouver, en quelque sorte, l’histoire complète du récit qu’il voulait initialement lire. Sa quête l’amène ainsi à lire une dizaine de débuts de récits. Et ces récits sont intercalés entre celui des aventures du Lecteur, de sorte que nous lisons également ces premiers chapitres.
Les dix débuts de romans sont assez intéressants, mais j’en ai tout de même préféré certains à d’autres. Je trouvais toutefois bien pensé la manière dont ils étaient écrits, puisque leur style variait véritablement de l’un à l’autre, comme s’ils étaient tous originaires de différents auteurs. Tout de même, bien que les récits diffèrent, la narration ne part jamais dans tout les sens. Le roman est habilement construit, de sorte que nous ne sommes pas trop désorientés malgré les nombreux changements de directions.
J’ai beaucoup aimé que la narration s’adresse au Lecteur dès le début du récit. Nous sommes interpellés, ce qui nous met dans la peau de ce personnage de Lecteur. C’est assez comique. Nous entrons dans les problèmes du Lecteur, problèmes qui découlent de défauts d’impression et d’assemblage des livres. Ainsi, nous visitons en partie dans les dessous du livre, là où il est produit et où il arrive que des erreurs se produisent. Nous abordons la production du produit du livre, alors que nous sommes habitués à le considérer comme un produit fini lorsque nous l’avons en mains. J’ai bien aimé ce point de vue.
L’aventure du Lecteur est complètement farfelue. C’est cocasse et ça donne envie de lire les prochaines pages pour savoir de quelle façon sa quête va bien pouvoir se terminer. Et c’est alors que s’explique le titre du roman, mais je vous laisse le découvrir pour ceux qui ne l’ont pas encore lu.
Enfin, les jeux identitaires étaient aussi bien intéressants. Tout particulièrement à propos du personnage féminin de Lotaria. Il y a beaucoup de jeux identitaires avec cette femme, de sorte que les procédés narratifs sont mis de l’avant. Ce que nous lisons est une construction, un récit qu’un auteur a produit… alors pourquoi Lotaria ne représenterait-elle pas cette construction qui peut changer selon les désirs de son auteur? Il y a de quoi réfléchir un peu.
Dans l’ensemble, donc, j’ai passé une agréable lecture. Par sa construction, le livre m’a donné une excellente expérience de lecture. Je me suis à la fois questionnée et divertie.

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Barbe bleue comme je n’aurais pas pu l’imaginer

Les sangs

Par Audrée Wilhelmy

Résumé en quatrième de couverture :

Dans la salle à manger d’un manoir sont assis quatre enfants à qui l’on a servi un repas de gibier. Une jeune fille, cachée derrière une tapisserie, observe l’un d’eux engloutir la chair crue et note : « Le canard serai meilleur sans toutes ces épices. » Le garçon s’appelle Féléor Barthélémy Rü, et l’adolescente, Mercredi Fugère. Elle est la première des sept femmes que croisera Féléor dans ce roman qui retrace, au travers des carnets que chacune laissera derrière elle, l’apprentissage d’un meurtrier.
Mercredi, Constance, Abigaëlle, Frida, Phélie, Lottä et Marie : qui sont-elles et d’où viennent-elles? Qu’est-ce qui les pousse vers celui que, dans la Cité, on appelle désormais l’Ogre? Ce roman parle de désir, de violence, de fantasmes et d’écriture; il donne accès à un univers amoral — le nôtre? — où la puissance tient lieu de loi, où les victimes ne sont pas telles qu’on les imagine et où les rencontres peuvent déboucher sur une mort qui n’est pas forcément un drame.

Mon avis :

Je ne connaissais pas Audrey Wilhelmy avant de découvrir et de lire ce petit livre. Je dois admettre que j’ai bien appréciée ma lecture et que cela m’a donné bien envie de lire d’autres textes de cette auteure.
Les sangs reprend le conte de Barbe bleue d’une intéressante manière. Cette fois-ci, ce sont les femmes qui demandent à être tuées par l’homme. Chacune a ses raisons, et cela permet de poser des questions pertinentes au fil de la lecture. Ces femmes ne sont plus des victimes, elles sont plutôt celles qui contrôlent, jusqu’à un certain point, leur destin.
Le roman dresse un portrait de chacune de ces femmes. Elles ont chacune leurs particularités, et le style de la narration varie en conséquence de la femme concernée par le chapitre. J’aimais beaucoup ces portraits, bien que je n’aimais pas toujours tout de ces protagonistes (elles différaient toutes de moi, ce qui ne créait pas d’attachements, et c’était bien comme cela).
La disposition des parties du récit est aussi tout à fait intéressante. Nous avons accès au récit d’une femme de Barbe bleue sous la forme d’un journal ou de lettres. La femme devient la narratrice pour quelques pages, et nous devenons témoins de ce qu’elle raconte, sans toutefois savoir quel est le degré de véracité dans ses propos. Puis vient le point de vue de l’homme après chacune des interventions féminines. S’il est une figure de pouvoir, sa personnalité apparaît alors plus complexe et ambiguë. Il n’est plus que bourreau. Dans ces parties, il revient à chaque fois sur sa relation avec sa nouvelle femme, jusqu’à la mort de celle-ci, et donne sa version des événements.
La force de ce récit réside véritablement en ses personnages si différents, approfondis et recherchés. Le livre est court, très court. Il se lit rapidement et ne peut que laisser une trace chez son lecteur, que ce soit par les questionnements qu’il soulève ou par la puissance de ses protagonistes.
J’ai adoré ma lecture. C’est tout simplement ça.

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Entre quête et désordre

Liquidation

Par Imre Kertész

Résumé en quatrième de couverture :

Nous sommes à Budapest, en 1999. L’écrivain B., qui s’était suicidé peu après les bouleversements de 1989, ne cesse de hanter l’esprit de ses amis. Surtout celui de Keserű, éditeur qui cherche désespérément à publier les œuvres posthumes de l’auteur admiré sans jamais y parvenir, tant l’économie de marché a pris le dessus.
En dernier recours, Keserű essaie de mettre la main sur le roman que, selon sa conviction, B. a dû écrire sur ses origines, sur l’origine de son mal-être. Car B. est né à Auschwitz, en 1944, dans des circonstances absurdes, et sans jamais connaître sa mère. Ce texte-là saura-t-il enfin garantir la postérité à l’ami disparu?
Commence alors l’enquête de Keserű auprès des femmes qui ont le mieux connu l’énigmatique B.

Mon appréciation :

Imre Kertész, l’auteur, hante mes études universitaires. J’ai eu un premier livre à lire de cet écrivain dans un premier cours. Je l’ai commencé, tout juste, mais pas assez pour dire que j’en ai véritablement lu le début. Parce que j’ai arrêté. Je n’avais pas accroché; c’était complexe et ardu. Et puis, je n’allais pas être évaluée sur ce livre. Plus tard, dans un autre cours, ce fut au tour de Liquidation. Celui-ci, en revanche, je n’avais pas le choix de le lire, puisque j’avais un travail à faire dessus.
La lecture était ardue. Mais tout de même intéressante.
Le récit, mené comme une sorte d’enquête pour retrouver un hypothétique manuscrit, est parfois entrecoupé de passages narrés sous la forme théâtrale. Ça ne casse pas totalement le récit, puisqu’il y a une continuité entre les deux formes de narration. Néanmoins, cela crée un certain désordre dans la lecture. En tant que lecteur, on se questionne sur l’utilité de l’utilisation d’un tel procédé. Qu’est-ce que cela peut apporter au texte? J’ai du mal à le dire, outre le fait de repousser les limites des genres et de les entremêler.
Cette quête d’un livre, je l’ai trouvée plutôt intéressante. Le narrateur cherche désespérément un manuscrit qu’il est convaincu que l’écrivain qu’il affectionne a écrit. Le lecteur accepte cette idée. Un livre inédit? Pourquoi pas. Puis le récit se poursuit, et le lecteur doute par moment de l’existence de ce livre. Il pourrait bien ne pas exister. C’est ce questionnement qui est amusant, pertinent. Le lecteur ne peut que se prêter au jeu et attendre que le narrateur trouve, ou ne trouve pas, le fameux manuscrit.
Liquidation n’est pas une œuvre facile d’accès. Toutefois, c’est aussi ce qui lui donne une bonne part de son intérêt, puisque nous pouvons la questionner.
Je ne suis pas certaine de relire bientôt des romans de Kertész. Cela va néanmoins finir par arriver, puisque j’ai un autre de ses livres qui attend patiemment (il n’a pas le choix) sur une tablette. Peut-être un lien particulier se créera-t-il à ce moment-là? Je verrai bien.

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Les traces d’une vie

La femme qui fuit

Par Anaïs Barbeau-Lavalette

Résumé en quatrième de couverture :

Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours.
Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteure a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n’allaient pas tarder.
Enfance les pieds dans la boue, bataille pour les petits Anglais, désir pour un directeur de conscience, fugue vers Montréal, frénésie artistique des automatistes, romances folles en Europe, combats au sein des mouvements des Noirs de l’Amérique en colère; elle fut arracheuse de pissenlits en Ontario, postière en Gaspésie, peintre, poète, amoureuse, amante, dévorante… et fantôme.
La femme qui fuit, c’est l’aventure d’une femme explosive, une femme volcan, une femme funambule, restée en marge de l’histoire, qui traverse librement le siècle et ses tempêtes.
Pour l’auteure, c’est aussi une adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.

Mon avis :

Ayant déjà lu Je voudrais qu’on m’efface, de la même auteure, j’étais plutôt heureuse de retrouver cette plume. J’avais également beaucoup entendu parlé de ce livre, entre autres par un collègue de travail qui a contribué à le pousser parmi les livres sélectionnés pour le Prix des Libraires.
J’ai rapidement été intéressée par ma lecture. L’écriture était fluide et m’interpellait. La plume d’Anaïs Barbeau-Lavalette m’a gardée, tout au long, accrochée. Même les moments où je n’aimais pas le personnage de Suzanne m’ont gardée captivée en raison du style. L’auteure crée des images fortes qui mettent bien en scène les éléments du récit. Les émotions ressenties par la narratrice et celles vécues par sa grand-mère en sont d’autant plus vraies, plus accessibles. C’est, je crois, ce qui fait que l’on ne peut se séparer de ces personnages, peu importe à quel point nous les apprécions.
J’ai aimé la manière dont l’histoire a été racontée, bien que cela restait relativement simple. Le récit commence dans le présent de la narratrice, puis fait un gros saut dans le temps pour rejoindre les débuts de l’existence de Suzanne, la grand-mère, pour ensuite, peu à peu, revenir au moment présent (en passant par ce qui est raconté au début du livre avant de poursuivre vers un futur). Si l’idée reste bien souvent utilisée, c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis restée accrochée au récit. En effet, sachant déjà la naissance de la mère de la narratrice, puis son abandon, j’étais curieuse de lire ces moments. Je me demandais comment les choses avaient bien pu se dérouler pour donner de tels résultats, et mon intérêt était ainsi toujours présent.
La personnalité du personnage de la grand-mère, en raison de tous ces éléments, devient fort intéressante. Elle n’est pas aimée pour avoir abandonné les générations qui l’ont suivie et précédée, il est vrai. Néanmoins, la protagoniste, par son ardent désir de toujours aller de l’avant, amenait des idées qui n’étaient pas nécessairement communes à toutes les femmes de son époque (séparation, voyages, manifestations, éloignement familial, etc.). L’esprit d’un tel personnage soulève nombre de questions qui peuvent permettre d’intéressantes discussions par la suite. Moi, cela m’a donné envie de parler des femmes.
J’ai donc bien aimé ma lecture, et je la recommande à tous ceux que cela peut intéresser. La femme qui fuit est la fiction qu’a créée l’auteure à la suite d’une quête sur la personne qu’était sa grand-mère. C’est un très beau travail de création, à mon avis, qui gagne à être lu.

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Tout petit, mais bien rempli

La vie littéraire

Par Mathieu Arsenault

Résumé en quatrième de couverture :

Les salons du livre les lancements les librairies qui ferment les journaux qui font faillite les livres de cuisine les émissions littéraires les prix prestigieux les livres pilonnés les maisons de la culture les poètes ratés les demandes de subvention les photos de chats wikipédia les journées perdues sur les réseaux sociaux et dans les jeux vidéo le soleil et le feu d’une époque surchargée de textes sans personne pour les lire on ne fera pas un roman avec ça on ne refera pas les filles de caleb avec ça on ne refera pas le goût du bonheur de lady julie papineau avec ça mais nous trouverons bien comment continuer continuer d’espérer qu’il restera quelqu’un pour nous lire et comprendre dans quelle époque nous vivions alors.

Mon appréciation :

La vie littéraire est un petit livre bien particulier.
D’abord, le résumé annonce un style où la ponctuation s’efface, style qui se retrouve tout au long de l’ouvrage, excepté au dernier chapitre. Cela intrigue, cela intéresse, cela rebute aussi. Au départ, donc, j’ai trouvé que c’était intéressant. Cela m’a captivée un moment. Puis, parfois, le flot de paroles me perdait, me retrouvait et me perdait encore. J’avais du mal à toujours saisir l’idée générale d’un paragraphe. Sauf que j’aimais toujours autant le style.
Le livre est divisé en trois parties : lire, écrire et imprimer en sont les titres. La vie littéraire, comme le titre l’indique déjà, explore le monde du livre. Je trouvais intéressant d’y retrouver nombres d’éléments que je connais, tels que les salons du livre ou les librairies.
En même temps, le récit prend place dans un univers complètement actuel, où la technologie est omniprésente… de même que les distractions. Et c’est là, enfin, que le petit roman de 103 pages devient le plus intéressant. Il questionne la surabondance de livres sur le marché, où chaque nouveau titre enterre le précédent et où il est difficile de vendre des livres littéraires… en opposition aux livres de recettes qui restent toujours très populaires. Il questionne aussi toutes les distractions de la société : les réseaux sociaux, les applications de jeux sur les cellulaires, etc. Ce deuxième point est directement relié à la diminution du temps accordé à la lecture, puisque ce temps est écoulé sur les écrans.
Voilà. 😛 J’ai surtout aimé le livre pour son style narratif et pour les questions qu’il évoque et que j’ai su attraper au vol. Pour le reste, je suis certaine de ne pas avoir tout compris. Il y a énormément de contenu qui peut être décortiqué dans ce si petit livre.
Et vous, que saurez-vous y trouver?

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Je ne craque pas pour toi

Coco

Par Antoine Charbonneau-Demers

Résumé en quatrième de couverture :

Dans son « racoin du monde », un garçon de douze ans est repéré par Marie-Thérèse Lambert, actrice tordue et malheureuse qui décide de le prendre sous son aile. Des années durant, elle lui apprendra à se délecter de son propre malheur et, surtout, à susciter la pitié des autres — comme le faisait son alter ego, l’infâme Kamelia Kaze, du temps où elle se suicidait sur les scènes de New York.
Coco est un roman d’apprentissage déjanté et minimaliste dont l’humour caustique se fait tour à tour jubilatoire et inquiétant.

Mon avis :

Je n’ai malheureusement pas aimé ma lecture de Coco. Le récit ne m’a pas happée, ni au début, ni au milieu, ni à la fin.
Lorsque j’ai commencé le roman, le personnage principal, surnommé plus tard Coco, laissait présager un contenu intéressant en raison de sa personnalité. Bien que je ne m’attachais déjà pas à lui, j’étais curieuse de découvrir son potentiel. Sauf que sa personnalité ne m’a pas plu. Tout au long du roman. Le personnage de Coco est très complexe psychologiquement. Ses pensées sont parfois mystérieuses, parfois axées sur les émotions, et d’autres fois cryptées ou énigmatiques. Je n’ai pas pu saisir Coco. J’avais beaucoup de mal à comprendre ses raisonnements et ses choix.
La relation de Coco avec Marie-Thérèse est un autre élément qui m’a dérangée. Si, au départ, la dynamique entre les deux montre un rapport d’autorité entre professeur et élève, la suite du récit brouille le tout. La notion d’expérience reste toujours présente, mais les rapports que les protagonistes entretiennent entre eux sont étranges. Leur relation est nécessairement néfaste, mais il est impossible de savoir exactement comment eux la perçoivent. Parfois Coco aime Marie-Thérèse, parfois il la déteste et veut la tuer. Il y a de la nudité, du vocabulaire dur et cru,… Sauf que cela ne donne pas davantage d’indices sur les rapports qu’ils entretiennent véritablement entre eux. J’avais l’impression que la fiction du récit me créait une autre fiction pour me mêler plus encore. C’est intéressant, mais c’est aussi très déroutant. J’y ressentais un inconfort.
Néanmoins, malgré mon avis négatif, je reconnais que le style d’écriture et le découpage du roman étaient intéressants. Le roman est constitué de chapitres qui sont entrecoupés de courts textes un peu plus complexes et flous (leur sens n’est pas toujours évident à comprendre). Ces textes sont intéressants dans la mesure où ils amènent une multitude d’autres sens au récit (même s’ils ne sont pas facilement accessibles). J’y dénote un grand potentiel réflexif.
Je n’ai donc pas apprécié ma lecture. Toutefois, je ne nie pas que le roman a du potentiel. Sauf qu’il n’était décidément pas pour moi.

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Ça va aller, rien que ça…

Ça va aller

Par Catherine Mavrikakis

Résumé en quatrième de couverture :

Ce livre contagieux, contaminant par son style, par sa pensée, n’est-il pas, après tout, la tentative de se sortir de son propre envoûtement littéraire, comme un grand exorcisme pratiqué contre ses dieux, contre ses démons?
Isabelle Décarie, Spirale

Mon avis :

J’ai eu à lire ce roman dans le cadre d’un cours à l’université. Autrement, je crois bien que je ne l’aurais jamais eu entre mes mains. L’histoire ne m’aurait pas intéressée. Et mon opinion, à la suite de ma lecture, n’est pas totalement favorable non plus. N’empêche, je ne nie pas qu’il y a bel et bien quelque chose qui grouille entre ces pages.
J’ai trouvé le style d’écriture plutôt intéressant. À vrai dire, j’aimais ce continuel vomi de mots et de pensées qui semblait sortir de la voix de la narratrice. En raison de ce style, le roman donnait l’impression de se lire assez rapidement, bien que la majeure partie de son récit m’a semblé se jouer dans la psyché plutôt que dans l’action. C’est cette psyché qui a fini par me donner l’impression d’une langueur, d’une lourdeur dans le récit. J’admets avoir eu quelque peu hâte d’arriver à son terme une fois la moitié du livre atteinte.
Je n’ai as eu d’empathie pour les personnages du roman. Pour aucun. Cela ne m’arrive pas souvent. Mais aucun n’est venu me chercher. Aucun ne m’a donné envie de le rencontrer dans la réalité. Je ne saurais expliquer exactement pourquoi, cependant. C’est peut-être l’univers même du roman qui créait une barrière entre les protagonistes et moi.
L’histoire, quant à elle, ma intéressée par moments et par d’autres, non. J’aimais l’idée que le personnage principal se mêle avec un autre personnage issu de la fiction. J’ai aimé la quête de la narratrice à tendre à prouver qu’elle n’était pas la créature d’un auteur, et que si elle était malgré tout une fiction, elle était bien maître de son destin. Mais ce destin s’est étiolé pour moi et a fini par perdre de son intérêt au fil de ma lecture. J’aurais aimé, je crois, quelque chose de plus fracassant que ce vomi de pensées et cette fin… particulière et un peu décevante. À l’image de l’existence de la protagoniste.
Enfin, j’ai néanmoins apprécié les nombreuses références dans le texte, bien que je ne les maîtrisais pas toutes. Je savais les relever et j’en étais contente. On y rencontre différents philosophes et psychanalystes, Nietzsche, Freud, et des auteurs dont la vie réelle est brossée de fiction dans Ça va aller, comme Hubert Aquin et Italo Calvino. Je crois que tout étudiant en littérature pouvait reconnaître ces auteurs et penseurs, et en cela le livre couvait quelque chose d’intéressant.
En somme, et c’est rare que je le dis, je n’ai pas aimé ma lecture. Je reconnais toutefois que le livre, bien qu’il ne m’ait pas rejointe, a du potentiel pour d’autres lecteurs que moi. Si vous êtes fervents de littérature, donc, je ne vous retiens pas de le lire.

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Une intéressante narration non fiable

Viviane Élisabeth Fauville

Par Julia Deck

Résumé en quatrième de couverture :

Vous êtes Viviane Élisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. Heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main.

Mon appréciation :

Dès le début du roman, le lecteur est confronté à un meurtre et à une nouvelle maman tout juste divorcée. Par la narration, le lecteur devient pas moments cette Viviane Élisabeth Fauville, qui affirme avoir commis le meurtre. Convaincus de son méfait, nous ne pouvons pourtant pas lui en vouloir, puisque le récit tend à nous rapprocher de cette femme.
La narration joue beaucoup sur la pronominalisation (certains passages sont au je, d’autres au elle, au nous, au vous, au tu. Ce jeu amène une pluralité de voix, bien qu’il n’y ait toujours qu’un seul personnage principal. Il est possible de rattacher ces effets à une certaine folie de la protagoniste, qui est accentuée, à certains moments, par les mensonges verbaux et ceux qui se retrouvent aussi à même la narration.
J’ai particulièrement aimé la quête de vérité de Viviane, qui rencontrait les autres personnes soupçonnées et interrogées sur l’assassinat. Bien qu’elle affirme sa culpabilité, elle ne peut s’empêcher d’aller à la rencontre des soupçonnés, peu importe les risques qu’elle encourt. Bien que je craignais qu’elle ne se fasse arrêter à cause de ses manigances, je prenais plaisir à suivre ses expériences.
Je me refuse à en dire davantage, puisque ce qui reste le plus pertinent et déstabilisant du livre, c’est sa finale, et je ne veux pas vous la dévoiler. Néanmoins, j’ai beaucoup aimé que nous puissions nous interroger, à la fin, sur la légitimité de la narration, qui n’est pas fiable. Je vous laisse donc découvrir cette fin et comment la narration de Viviane Élisabeth Fauville cache le mensonge.

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